Thérapeute, praticien, accompagnant… Pourquoi les mots que l'on choisit comptent
- Carmen
- 25 mars
- 4 min de lecture

" Thérapeute "
Ce mot, je l'entends partout. Sur « Insta », les communications des masseurs ou prof de yoga, sur les sites de développement personnel, dans les conversations... Et pourtant, si on remonte à sa définition — celle du Dictionnaire de l'Académie française — un thérapeute, c'est avant tout un médecin. Quelqu'un qui soigne, avec un bagage scientifique pour le prouver.
Alors comment en est-on arrivé là, un mot devenu un simple argument marketing ? à un monde où n'importe qui peut s'en emparer?
Un vide juridique sur l'emploi du mot thérapeute avec des conséquences bien réelles.
En France, il n'existe aucune protection légale du titre de « thérapeute ». Contrairement au titre de psychothérapeute — encadré par la loi depuis 2004, réservé aux médecins et aux titulaires d'un master en psychologie — le mot « thérapeute » seul est laissé dans un vide juridique total.
Ce vide a des conséquences concrètes : n'importe qui peut proposer des massages sans formation adéquates ou sérieuse, se dire praticien en yoga-thérapie sans bagage scientifiquement reconnu, et utiliser le mot « soin » comme si guérir était à la portée de tout le monde.
Je ne dis pas ça pour pointer du doigt. Je le dis parce que ce flou crée une vraie confusion pour les personnes qui cherchent de l'aide — et parce que cette confusion m'a obligée à me poser une question essentielle sur ma propre pratique :
Qu'est-ce que je fais, moi, vraiment ?
La question honnête
Quand on travaille dans le domaine du bien-être, il est tentant de se glisser dans des titres qui semblent valoriser ce qu'on fait. « Thérapeute corporel », « praticien en yoga-thérapie »… Ces formulations sonnent bien. Elles donnent l'impression d'une légitimité, pire cela sonne comme la promesse de quelque chose qui n'est pas forcément là et induire les gens en erreur. Et ça, je ne peux pas me le permettre.
Ma réponse honnête, c'est : je ne suis pas thérapeute. Si j'aime prendre soin des gens, je ne les soigne pas.
Ce n'est pas une dépréciation de ce que je fais. C'est une clarté que j'ai choisie, et que je tiens.
Ce que je fais vraiment
Je propose des outils — le massage, le chemin du yoga — pour mieux se comprendre, mieux s'habiter.
Le massage n'est pas là pour traiter une pathologie. Il est là pour créer un espace de présence au corps : identifier ce qui se passe, ce que l'on ressent, ce que l'on porte parfois depuis très longtemps sans même le savoir. C'est un outil de reconnexion, pas un protocole de guérison. Je pointe du doigts (ou de la main ou du coude;) ) ce que je sens, je pousse les tissus, le corps dans une direction et peut être qu'il va la prendre, accepter le relâchement ou un nouveau positionnement. Je ne force rien, c'est même pas moi qui fait, c'est le corps qui accepte ou non ma proposition.
Le yoga, lui, va plus loin encore dans ce que j'entends par « chemin ». Parce que le yoga — dans sa dimension la plus profonde — propose bien plus que des postures. Il invite à une façon d'être au monde : la spiritualité, oui, mais aussi l'apprentissage de l'acceptation de ce qui est. Et j'insiste sur ce mot : acceptation, pas résignation.
Accepter ce qui est, ce n'est pas baisser les bras. C'est cesser de lutter contre ce que l'on ne peut pas changer, pour mieux orienter son énergie vers ce qui est possible. C'est une posture intérieure qui peut transformer profondément la façon dont on vit les difficultés, les douleurs, les transitions. J'accepte et j'accueil ce qui est présent. Soit j’essaie de faire changer les choses, soit je vais devoir composer avec car je ne peux pas les changer.
C'est pour cela que j'aime tant cette citation attribué à Marc Aurèle : « Donne moi la force de changer ce qui peu l'être, le courage d'endurer ce qui ne peu pas être changer et la sagesse de distinguer entre les deux. »
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Une vision holistique — puissante, mais pas autosuffisante
Je crois profondément que le corps, l'esprit et l'émotion ne se séparent pas. Une vision holistique — qui prend en compte la personne dans sa globalité, pas seulement le symptôme isolé — est souvent une clé précieuse.
Mais cette clé n'ouvre rien toute seule. Elle a besoin d'une porte, d'un cadre, de fondations.
Ce que je veux dire par là : la conscience de soi, la reconnexion au corps, la pratique du yoga… tout cela peut contribuer à un mieux-être réel, et même accompagner un chemin de soin. Mais ce n'est pas interchangeable avec un suivi médical ou effectuvement thérapeutique.
Quand quelque chose revient. Quand ça persiste. Quand ça résiste — malgré les séances, malgré la pratique, malgré les efforts — je le dis clairement : consulte un professionnel de santé.
Ce n'est pas un aveu d'échec. C'est la chose la plus responsable que je puisse faire. Je ne suis pas formé pour tout et je n'ai pas la science infuse.
Pourquoi cette frontière me tient à cœur
Le yoga et le massage contribuent au bien-être. Ils peuvent accompagner, soutenir, ouvrir. Ils peuvent parfois soulager, améliorer, alléger. Mais ils ne remplacent pas un diagnostic, une thérapie, un suivi médical.
Cette frontière, je la garde précieusement. Parce qu'elle protège les personnes qui viennent me voir. Parce qu'elle leur permet de savoir exactement ce qu'elles peuvent attendre d'une séance avec moi — et ce qu'elles devront chercher ailleurs si besoin.
Dans un monde où les titres s'inventent et les promesses se multiplient, je préfère la clarté à la séduction.
Je ne me prétends pas thérapeute. Mais j'accompagne, avec sérieux et avec soin, ceux et celles qui souhaitent mieux se comprendre et mieux habiter leur corps.


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